Partager l'article ! LE CLOCHARD: ...
Le soir jette un reflet violacé
Sur le velours épais du fleuve.
Il se terre sous le pont verglacé
Et s'emmitoufle avant qu'il pleuve
Je l'entends qu' il blasphème
Contre le ciel wagnérien
Il ne dort que d'un oeil
Dans le froid sibérien
Assorti à son fauteuil
Plus vieux que Mathusalem.
Il se met à dodeliner
Pour crachoter sa pituite
Le visage est ratatiné
comme une pomme trop cuite.
Le timbre est chevrotant
Quand Il brandit le poing
Puis, d'un doigt tremblotant
Il me prend à témoin
Sur la peau de ses maigres poignets
On voit briller deux cicatrices
sinistres facettes d'un destin
dont il a fait le sacrifice
en voulant tout à coup s'éloigner
D'une vie castratrice
Les joues sont évidées
par un trop long carême
Il a jeté les dès
trop près des chrysanthèmes
Une partie de sa vie
Dont il a fait le deuil
Connaît déjà le trépas
L'autre a franchi l' écueil
Mettre son âme au Mont de Piété
pour ecornifler un bon repas
Ronflotter d'un bonheur éphémère
Pendant que tout là haut , indifférents,
Aux miasmes de la précarité
Pantoufflent les hauts fonctionnaires.
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